Tank, il y aura des hommes

La bête de guerre (The Beast, Kevin Reynolds, 1988)
La scène d’ouverture est d’une glaçante actualité—et fortement déconseillée aux âmes sensibles et aux plus jeunes. Des chars russes entrent dans un village afghan et massacre tout sur leur passage (hommes, femmes, enfants, bétail), de toutes les manières possibles…Au moment de partir, un des chars se trompe de route. Une poignée de moudjahidine se lance à sa poursuite, à pied…

Kevin Reynolds réalise là un des films de guerre les plus réussis des 50 dernières années—ce qui ne lui porta pas chance vu la suite calamiteuse de sa filmo… Le film est totalement dénué de manichéisme—ce qui est assez rare, mais qui est la marque des chefs d’œuvres du genre, des Croix de fer (Cross of Iron, Sam Peckinpah, 1977) à Au-delà de la gloire (The Big Red One, Samuel Fuller, 1980—comme on peut le voir, la fin des années 70, le début des 80 est propice à l’avènement de fictions guerrières ambivalentes, la fin du conflit vietnamien en 1975 n’y étant sûrement pas pour rien—

mais en même temps, Robert Aldrich avec Attaque ! (Attack, 1956) voire avec les 12 salopards (The Dirty Dozen, 1967) , Don Siegel avec L’enfer est pour les héros (Hell is for Heroes, 1962) et le même Fuller avec Les maraudeurs attaquent (Merrill’s Marauders, 1962)—avaient ouvert la voie! Précisons tout de même que la guerre de Corée était passée par là…

Par ailleurs et par bonheur, La bête de guerre est aussi pratiquement exempt des affèteries du cinéma américain des 80’s—le désert se prêtant assez mal aux  déluges de néons bleus, le climat afghan étant peu propices aux coupes de joncs gélifiées. A titre d’exemple, et pour rester dans la thématique film-de-guerre-des-années-80-pas-manichéen (quoique), Platoon, d’Oliver Stone, sorti l’année précédente, sent bien plus les 80’s que La Bête ! Ici, seule l’abominable musique de l’infâme Mark Isham (notez bien qu’on ne fait même pas de lien avec le reste de son œuvre…)nous rappelle dans quel espace-temps le film a été réalisé.

Autre belle particularité, les guerriers afghans—parmi lesquels on reconnait Steven Bauer, acolyte d’Al Pacino dans le Scarface de Brian De Palma (1983), et Kabir Bedi, le Sandokan franco-germano-italien de nos après-midis télévisés de quinquas fatigués—parlent uniquement pachtouns (ce qui, ne le dissimulons pas, jure un peu avec les soldats russes qui, eux, parlent anglais…mais sans rouler les R ce qui est déjà pas mal ).

Bref, La bête de guerre ne fait pas son âge…

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