Pourquoi #9677

oui, on les publie pas tous…

Attention, l’intro est un peu longue !

« Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betteraves. Devant lui, il ne voyait même pas le sol noir, et il n’avait la sensation de l’immense horizon plat que par les souffles du vent de mars, des rafales larges comme sur une mer, glacées d’avoir balayé des lieues de marais et de terres nues. Aucune ombre d’arbre ne tachait le ciel, le pavé se déroulait avec la rectitude d’une jetée, au milieu de l’embrun aveuglant des ténèbres.

L’homme était parti de Marchiennes vers deux heures. Il marchait d’un pas allongé, grelottant sous le coton aminci de sa veste et de son pantalon de velours. Un petit paquet, noué dans un mouchoir à carreaux, le gênait beaucoup; et il le serrait contre ses flancs, tantôt d’un coude, tantôt de l’autre, pour glisser au fond de ses poches les deux mains à la fois, des mains gourdes que les lanières du vent d’est faisaient saigner. Une seule idée occupait sa tête vide d’ouvrier sans travail et sans gîte, l’espoir que le froid serait moins vif après le lever du jour. Depuis une heure, il avançait ainsi, lorsque sur la gauche, à deux kilomètres de Montsou, il aperçut des feux rouges, trois brasiers brûlant au plein air, et comme suspendus. D’abord, il hésita, pris de crainte; puis, il ne put résister au besoin douloureux de se chauffer un instant les mains.

Un chemin creux s’enfonçait. Tout disparut. L’homme avait à droite une palissade, quelque mur de grosses planches fermant une voie ferrée; tandis qu’un talus d’herbe s’élevait à gauche, surmonté de pignons confus, d’une vision de village aux toitures basses et uniformes. Il fit environ deux cents pas. Brusquement, à un coude du chemin, les feux reparurent près de lui, sans qu’il comprît davantage comment ils brûlaient si haut dans le ciel mort, pareils à des lunes fumeuses. Mais, au ras du sol, un autre spectacle venait de l’arrêter. C’était une masse lourde, un tas écrasé de constructions, d’où se dressait la silhouette d’une cheminée d’usine; de rares lueurs sortaient des fenêtres encrassées, cinq ou six lanternes tristes étaient pendues dehors, à des charpentes dont les bois noircis alignaient vaguement des profils de tréteaux gigantesques; et, de cette apparition fantastique, noyée de nuit et de fumée, une seule voix montait, la respiration grosse et longue d’un échappement de vapeur, qu’on ne voyait point.

Alors, l’homme reconnut une fosse. Il fut repris de honte: à quoi bon? il n’y aurait pas de travail. Au lieu de se diriger vers les bâtiments, il se risqua enfin à gravir le terri sur lequel brûlaient les trois feux de houille, dans des corbeilles de fonte, pour éclairer et réchauffer la besogne. Les ouvriers de la coupe à terre avaient dû travailler tard, on sortait encore les débris inutiles. Maintenant, il entendait les moulineurs pousser les trains sur les tréteaux, il distinguait des ombres vivantes culbutant les berlines, près de chaque feu.

—Bonjour, dit-il en s’approchant d’une des corbeilles.

Tournant le dos au brasier, le charretier était debout, un vieillard vêtu d’un tricot de laine violette, coiffé d’une casquette en poil de lapin; pendant que son cheval, un gros cheval jaune, attendait, dans une immobilité de pierre, qu’on eût vidé les six berlines montées par lui. Le manoeuvre employé au culbuteur, un gaillard roux et efflanqué, ne se pressait guère, pesait sur le levier d’une main endormie. Et, là-haut, le vent redoublait, une bise glaciale, dont les grandes haleines régulières passaient comme des coups de faux.

—Bonjour, répondit le vieux. »

Germinal, Emile Zola, Chapitre 1

On vous avait prévenu…nous serons plus bref…Comme on peut le voir ci-dessus, les premières lignes de Germinal, d’ Emile Zola, sont une tuerie de début de roman : un homme qui marche seul dans la plaine, la nuit, face au vent mauvais, se dirigeant à la lumière des feux sur les terrils, c’est un début de western, c’est l’arrivée d’Alan Ladd dans l’Homme des vallées perdues (Shane, George Stvens, 1953), celle de Clint dans Pale Rider (idem, Clint Eastwood, 1985). Bref, on l’aura compris, difficile de faire mieux ! Nous ne sommes pas des grands fans de l’Emile qui, il faut bien le dire, écrit parfois à la truelle, mais là, chapeau bas ! D’ailleurs, Claude Berri, qu’était pas une enclume, et qui est responsable du précédent Germinal en images qui bougent, l’avait bien compris !

Peut-on dès lors nous expliquer pourquoi (oui, POURQUOI?) dans sa version feuilletonesque et télévisuelle, France Télévisions, ses scénaristes & adaptateurs (dont nous ne révèlerons pas les noms, on est pas comme ça) ont cru bon de débuter leur série par un coup de grisou, une messe et une scène de cabaret ! Le roman n’en manque pas, on pouvait sans problème les placer ailleurs !

Inutile de vous dire que notre visionnage de la série n’a pas dépassé les dix minutes décrites ci-dessus.

Et c’est fort dommage !

Voilà ! on a beau dire, ça va mieux quand on en parle !

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