Petite mythologie cinématographique à l’usage des jeunes générations #6

Kirk Douglas (1916-2020)

Entre ici, Issur Danielovitch Demsky, avec ta blondeur torturée qui te fit accepter des rôles que seul toi pouvais jouer (après une projection de La vie passionnée de Vincent Van Gogh (Lust For Life, Vincente Minnelli, 1956), John Wayne lui déclara : « Bon dieu, Kirk, comment peux-tu accepter un rôle pareil ?! […] On doit jouer des rôles de dur, de costaud. Pas de tapettes faiblardes ! ») et ton rire à nul autre pareil, à la fois enfantin et lourd de menaces (on en parlait déjà ici) !

Pour moi, Kirk restera l’impayable Ned Land dans 20 000 lieues sous les mers (20 000 Leagues Under the Sea, Richard Fleischer, 1954) jouant du banjo en écaille de tortue et donnant des cigares à manger à l’otarie qui l’accompagne, avec son anneau dans l’oreille et sa petite marinière slim fit. Mais aussi Einar, fils de Ragnar, Viking bilieux et borgne dans le film du même nom (Vikings pas bilieux ni borgne) du même Fleischer en 1958. Il sera aussi, plus tard, Jack Burns cow boy égaré dans l’Amérique moderne, vivant selon un code qui n’a plus court (Seuls sont les indomptés, Lonely Are the Brave, David Miller, 1962). Dans cet anti-western tragique , scénarisé par Dalton Trumbo (que Kirk avait sorti de la mouise et de la liste noire du Sénateur McCarthy en le mettant au générique de Spartacus (Spartacus, Stanley Kubrick, 1960) d’après un roman d’Edward Abbey (écrivain culte et américain, ré-inventeur d’un nature writing militant à la fin des années 50 et auteur du mythique Gang de la Clé à Molette (The Monkey Wrench Gang (1975))). Kirk semble anticiper ce qui va lui arriver : comme Jack Burns il est une relique (du passé glorieux de Tinseltown en ce qui le concerne). Il a 46 ans et il peut remercier le seigneur d’avoir duré aussi longtemps, mais il est fini. Comme Burns seul dans sa montagne avec son cheval et sa vieille winchester, il sait que redescendre signifiera la capitulation sans concession.

Et il est vrai que la fin des années 60 et les années 70 seront fatales au vieil Hollywood et à ses fortes têtes (Kirk, mais aussi Burt Lancaster, Robert Mitchum, ou même John Wayne) qui avaient assez de pouvoir et de succès pour imposer leurs idées jusque là mais qui vont désormais faire bouillir la marmite avec plus ou moins de bonheur… Il faut voir (ou pas) Holocaust 2000 (idem, alias The Chosen, alias Qu’est-ce-c’est que cette m…, Alberto di Martino, 1977) Saturn 3 (idem, Stanley Donen, 1980, c’est aussi la fin du grand Stanley, nomination aux Razzie Award de Pire acteur pour Kirk), ou même Furie (The Fury, Brian De Palma, 1978, pas son meilleur) pour s’en rendre compte.

Jack Burns vient de descendre de cheval, Ulysse vient de rentrer à Ithaque, Issur Danielovitch Demsky n’est plus ! R-I-P…

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